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CAUMONT une renaissance

EXPOSITION DES PHOTOGRAPHIES DE
CHRISTINE DEFRANCE

GARDER TRACE

Parfois il en est de la photographie comme de la peinture. Christine  Defrance compose ses images à la manière de tableaux. Elle y saisit des instants, des atmosphères fugaces et y révèle espaces, figures et objets par la lumière. Dans le dialogue qu’elle a noué avec l’Hôtel de Caumont, elle a interrogé la mémoire des lieux, les traces du passé, la splendeur perdue et retrouvée d’un hôtel particulier construit au XVIIIe siècle par Robert de Cotte au cœur du quartier Mazarin et dont Culturespaces vient de conduire l’ambitieuse restauration. Elle a surtout appréhendé cet édifice à l’aune d’un processus de transformation qui en a révélé toute l’épaisseur historique, donnant à voir l’architecture comme une œuvre des hommes, comme la rencontre entre des savoir-faire méconnus, parfois oubliés. Christine Defrance s’attarde sur les détails de cette architecture, sur les hommes au travail, sur les rapports sensibles qu’artistes, artisans et hommes de l’art ont noués avec le bâtiment tout au long du chantier. Car c’est bien l’atmosphère de la fabrique, de l’atelier, du chantier, cette dimension à la fois tangible et atemporelle du monument en train de renaître, que Christine Defrance entend restituer dans ses clichés. Le choix de photographier en noir et blanc lui permet de suspendre le temps, de s’abstraire tout autant que de s’ancrer dans la réalité et, ainsi, de sublimer l’instant.

Née en 1970, Christine Defrance aborde la photographie au début des années 1990. Explorant toutes les facettes de la production d’images, elle nourrit une réflexion sur le temps, sur l’éphémère et le pérenne, sur la disparition, la dissolution ou la transcendance d’une réalité qui se recompose sans cesse. Son travail, dénué de nostalgie, donne à voir et cherche à esthétiser ces seuils temporels au travers de photographies qui induisent un rapport poétique au réel.

Eléonore Marantz, historienne de l’art, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

GARDER TRACE

Sometimes photography is like painting. Christine Defrance makes up images in the style of paintings. She seizes moments, fleeting atmospheres and reveals spaces, figures and objects by the light. In the dialogue she established with the Hotel of Caumont, she questioned the memory of places, the tracks of past, the lost and recovered magnificence of this mansion build in the XVIIIth century by Robert de Cotte at the heart of the Mazarin district and the ambitious restoration driven by Culturespaces. She especially grasped this building during a transformation process which revealed all its historic thickness, giving to see architecture as a work of men, as the meeting between unknown and sometimes forgotten savoir-faire. Christine Defrance lingers over the details of this architecture, over the people working, over the perceptible relationships artists, craftsmen and professionals set with the building throughout the construction. Because in her pictures Christine Defrance intends to restore the atmosphere of the factory, the workshop, the construction site, and the tangible and timeless dimension of the monument being reborn. The black and white shots allow her to suspend time, to cut it just as much as to anchor in reality and, so, to sublimate the moment.

Born in 1970, Christine Defrance approaches photography at the beginning of 1990’s. Exploring all the facets of the production of images, she feeds a reflection on time, on the short-lived and the long-lasting, on the disappearance, the dissolution or the transcendence of a reality which recomposes ceaselessly. Her work, deprived of nostalgia, aestheticises these temporal thresholds through photos which lead to a poetic link to reality.

Eléonore Marantz, art historian, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne